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Aurélie Slonina / biblio / bio / contact

Aurélie Slonina fait un art « d’après nature », mais la nature dont il question ici n’a pas grand-chose à voir avec les visions pastorales de l’art d’autrefois. C’est une nature non seulement domestiquée, mais encore synthétisée, et adaptée au monde urbain - une nature devenue « espaces verts », définition purement négative du naturel (c’est-à-dire ce qui, dans la ville, n’est ni goudronné ni bétonné). Cet espace négatif peut être le résultat d’une planification urbaine comme dans Couvre-Feu, ou d’une intervention « sauvage » (i.e., individuelle), comme dans Wild, où la décoration florale (balconnière) est envisagée comme une forme de graffiti ou de tag, sous forme de jardinière. Les deux sont effectivement une forme de signature ou d’expression de soi, une façon de se signaler dans l’espace urbain, d’individualiser une parcelle du territoire.
Un autre Wilde (Oscar de son prénom) pensait que c’était la nature qui imitait l’art. Que c’était le fog londonien qui imitait la peinture de Turner ou de Monet, et non l’inverse. Notre nature d’aujourd’hui n’est plus la même que celle du Londres du XIXème siècle, elle imite la peinture abstraite (les champs de colza font de bons Peter Halley), mais aussi Dada et le Nouveau Réalisme ; elle aussi s’est mise à recycler tout ce qui passe à sa portée. Ce qui est qualifié de naturel aujourd’hui, c’est avant tout le souci des matières premières. En recyclant formes et objets, l’art du XXème siècle, visionnaire, a joué son rôle de pionnier dans ce qui est devenu un impératif économique et écologique (le recyclage), et l’on peut déceler dans le travail d’Aurélie Slonina, qui est une image de l’art autant que de la nature qui l’imite, une velléité de boucler la boucle.
Les engrais, les désodorisants, ou les colorants ont pour fonction de rendre la nature plus conforme à son image idéale. En ce sens, les artifices appliqués à la nature relèvent d’une sorte de classicisme. La Fraîcheur marine (une sculpture en forme de déodorisant d’intérieur géant, installée sur la côte), en suggérant la diffusion de l’odeur de la mer, jette le trouble sur l’origine véritable de la « senteur » (l’équivalent pour l’odorat de « l’espace vert » pour la nature). Ce faisant, il peut paraître logique qu’elle s’intéresse à d’autres formes de classicisme, comme les jardins à la française ou leurs lointains descendants comme la succession des terre-pleins et des rondspoints de Couvre-feu, dont les séquences évoquent une phrase en morse. Car l’idéal qui était l’horizon de cet art rejoint l’objectif de maîtrise de la nature né à la même époque et oriente toujours notre civilisation. Le jardin à la française, expression de la volonté cartésienne de se rendre « comme maître et possesseur de la nature », rejoint dans le travail d’Aurélie Slonina le plaisir enfantin universel de contrôler des mondes miniatures, en renvoyant, non sans malice, les deux ambitions dos-à-dos.
Vincent Pécoil